Interview – Taylor Lapilus : le confinement au cœur de nos échanges, mais aussi l’ARES, l’UFC, l’entrepreneuriat & RMC

Hier, avec l’entrevue accordée par Davy Gallon, nous vous proposions la première interview d’une « saga » qui durera… tant que le confinement durera. L’idée de cette saga est toute simple, répondre à cette question que beaucoup se posent : comment les combattants français s’organisent en cette période si particulière ? Avec Davy Gallon, c’est un combattant dans une phase de prépa’ avec lequel nous avions échangé (le normand devait combattre Kane Mousah sur la carte londonienne du Bellator le 16 mai, mais l’organisation a annulé officiellement l’événement, quelques heures après la publication de notre article). Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir la philosophie et le quotidien d’un combattant qui n’avait pas d’échéance prévue à (très) court terme. Hier, nous avons eu l’occasion d’échanger pendant plus d’une heure trente avec le vétéran de l’UFC, Taylor Lapilus (16-3-0 / MMA Factory). Un long entretien durant lequel nous avons autant discuté de l’impact du confinement sur sa vie de fighter, que sur ses vies d’entrepreneur et de consultant.

  • MMA4Fight : Taylor, pour commencer cette interview, question toute bête, comment vas-tu dans ce contexte si particulier ?

Taylor Lapilus : Dans ce contexte particulier, je dirais que je vais plutôt bien. Je suis en bonne santé, et j’estime que c’est déjà une chance ! Je ne pense pas qu’il y ait de bonne manière de faire et de composer avec les contraintes du confinement, si ce n’est de s’adapter. On essaie de trouver des méthodes pour tromper l’ennui et accessoirement de s’entrainer. Et même si le MMA est considéré comme un sport individuel, je pense que c’est le sport individuel le plus collectif du monde. En ce ce sens, ma team me manque et mes patrnaires aussi.

  • Je t’ai expliqué le principe avant notre interview, l’idée est d’échanger avec différents combattants durant le confinement et de comprendre comment ils vont aménager leur planning d’entrainement. As-tu d’ores et déjà mis en place une routine ?

T.L. : Pour être honnête, je n’avais pas encore mis de routine spécifique en place. Mais aujourd’hui (interview réalisée le Ares-1_MMA-Factory_MMA4Fight30 mars), Nicolas Ott nous a envoyé un programme nutrition et de préparation physique, je vais donc commencer à le suivre. Pour moi c’est le meilleur en la matière, je le pense, donc il a mon entière adhésion. Le but en suivant ce programme, est de ne pas non affoler la balance à notre retour au Gym et de ne pas opérer de coupure nette dans le training. Après je ne te cache pas, qu’avec le manque de moyen structurel et une situation de crise très préoccupante à l’échelle nationale, mon esprit n’est pas uniquement focalisé sur la performance, comme il peut l’être habituellement.

  • Au moment où la MMA Factory a été contrainte à la fermeture, j’ai échangé avec Lopez et il m’a dit ceci : « le combattant est un coach ». Comment interprètes-tu cette phrase ? Est ce que cela signifie que durant cette période tu échangeras moins avec ton équipe ?

T.L. : C’est difficile pour moi d’affirmer que Fernand a voulu dire ceci ou cela, dans la mesure où je ne suis pas dans sa tête. Ce que je peux faire en revanche, c’est te dire ce que je comprends dans cette phrase. J’imagine qu’il voulait dire que dans cette situation nouvelle, de « solitude » liée au confinement, le combattant a engranger suffisamment de connaissance pour être en mesure de s’auto-driver.

  • Certains de tes partenaires de la MMA Factory (à l’image de Mehdi) ont mis en place des programmes spécifiques « confinement », afin de les partager avec leur communauté. C’est quelque chose que tu envisages (as envisagé) ?

T.L. : Ce n’est pas dans mon tempérament. Je ne pense pas être capable, aujourd’hui, de le faire à grande échelle. Je Ares-1_Lapilus-punch-Breno_MMA4FIGHTm’explique, lorsque j’ai un échange avec une personne qui ne connait pas le MMA, je suis ravi de partager avec elle, une nuit durant s’il le faut, mes connaissances et ma vision de notre sport. En revanche, je ne me sens pas encore la légitimité de le faire auprès d’une audience plus large, sur internet par exemple. C’est un feeling que je n’ai pas. Pour preuve je ne dispense pas de cours collectif à la MMA Factory, contrairement à d’autres de mes coéquipiers. En revanche je partage mon expérience avec des personnes dans le cadre de cours privés, un format dans lequel je me sens parfaitement à l’aise, pour le moment.

  • Aucune échéance (à l’ARES, au TKO ou ailleurs) n’avait été annoncée pour toi. Mais certains combattants français comme Mehdi Ben Lakhdhar, Davy Gallon, Samir Faiddine, avaient de gros combats à préparer (avant qu’ils ne soient annulés). Penses-tu que confinement et prépa’ de haut niveau sont conciliables ?

T.L. : C’est impossible de mon point de vue. Un athlète de haut niveau, à l’image d’une voiture de course, c’est une mécanique de précision, auprès duquel il faut faire sans cesse des ajustements. Prenons l’exemple de la période estivale, même si les salles sont ouvertes, les sparrings sont moins présents dans les Gym et tu le ressens forcément dans ta prépa’. Alors dans la situation actuelle, en respectant vraiment à la lettre le confinement, c’est infaisable de mon point de vue. Surtout lorsque tu as pour objectif d’évoluer au très haut niveau.

  • En plus de ta vie de combattant, tu es un professionnel de la restauration et tu commentes les events UFC/ Cage Warriors pour RMC. Devoir mettre en pause ces activités est aussi difficile pour toi que de te passer du quotidien de fighter ?

T.L. : Oui c’est très compliqué pour moi, puisque c’est l’ensemble de ma vie qui est en stand-by. Mes restaurants ont évidemment été touché par les arrêts du 15 mars et sont donc fermés.  Pour ce qui de RMC, la rédac’ est au chômage partiel et je ne vais évidemment plus dans les bureaux. Enfin, la salle me permet de m’entraîner, évidemment, mais aussi de voir mes sparrings, mes coaches… qui ont aujourd’hui une place importante dans ma vie. Comme je te le disais, je me vois donc privé de la quasi intégralité des pans qui rythment ma vie sociale et professionnelle.

T.L. : Je vais être honnête, au vu de la pandémie actuelle, ça me fait peur. J’avais déjà l’impression que nous n’étions pas hyper rapide sur le sujet de la légalisation, au niveau fédéral. La fédération de boxe vient de plus changer son Président, un homme qui va donc devoir se saisir du sujet, ce qui pouvait déjà allonger le process. Avant que tout se remette en place post confinement, cela va aussi prendre du temps. J’ai bien peur que cela nous amène à un décalage des premiers événements sur le sol français. Il s’agit d’une nouvelle fédé’, qui travaille sur un nouveau sujet, et qui doit en plus composer avec une situation jamais vécue à l’échelle nationale, c’est finalement logique. J’espère me tromper, mais aujourd’hui j’imagine que les premiers événements auront plutôt lieu fin d’année 2020, début 2021, pas avant.

  • Nous ne t’avons pas encore entendu sur le sujet, mais le fait d’être sur le premier UFC Paris de l’histoire est ton « unique » objectif à date ?

T.L. : L’objectif reste l’UFC. Autant être clair, l’UFC prévaut sur toutes les autres organisations. Depuis ma sortie du roster Taylor-Lapilus_Champion-TKO_MMA4Fightbantamweight de l’UFC, j’ai essayé de faire les bon choix de combats pour y retourner. J’ai pris des ceintures, affronter des mecs dangereux, souvent invaincus. Je vais attendre de voir ce qui se passe au moment du montage de la carte de l’UFC Paris. Je pense avoir fait le nécessaire pour être sur cette carte. Si toutefois je n’y suis pas, ARES va organiser un premier événement sur le sol français, ARES sera alors la solution. La bonne solution de mon point de vue, d’autant plus qu’au vu de ses accords avec l’UFC, l’ARES offre la possibilité d’être libéré en cas de contrat offert par Dana White et ses équipes.

  • Taylor, merci pour le temps que tu nous as accordé. Comme le veut la tradition sur MMA4Fight, nous te laissons le mot de la fin.

T.L. : Merci à toi pour cette interview. Une grosse pensée pour tous les fighters qui préparent une éventuelle échéance post confinement et plus généralement une pensée pour tous les français.

#Confiné

Yassin Hammachi de MMA4Fight

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